Autonomisation et leadership des femmes dans le monde

Autonomisation et leadership des femmes dans le monde

Conférence UNESCO « Soft Power Today » Paris, Vendredi, 30 Juin 2017,

Marie Hélène ISERN REAL Avocat.

 

Déléguée par la FIAPA (Fédération internationale des associations de personnes âgées) j’ai eu le privilège de participer à la conférence UNESCO « Soft power to day » qui s’est tenue le 30 juin 2017. Etaient réunies des femmes, certaines influentes et célèbres, d'autres moins connues, pour évoquer leur expérience au sujet de l'autonomisation et le leadership des femmes dans le monde.

 

Que peut nous inspirer leur témoignage dans notre situation de proche, aidant familial ou professionnel, en charge de personnes  vulnérables ?

 

Vaut-il mieux la justice que les droits ?

Avant de revendiquer l'égalité n’est-il pas préférable d’œuvrer  pour l'équité qui est l’application des droits humains à chacun, sans discrimination de genre, d’âge, de religion ou de culture.

 

Mme Irina BOKOVA, Directrice générale, a rappelé la définition du SOFT POWER. Il s’agit du pouvoir de persuasion et d’influence.

 

Elle a aussi annoncé le décès de Simone Veil et a rendu hommage à son action pour la paix entre les peuples et l’accès des femmes à la santé et la procréation librement assumée.



Promouvoir l'autonomisation et le leadership des femmes passe par :

 

  • L'éducation des femmes qui ferait monter le PIB de l'Inde de 27% (Irina BOKOVA). En France, l’éducation passe par la formation continue tout au long de la vie et l’information sur les droits et l’accès aux droits.

 

  • Comme en Finlande où les femmes ont le droit de vote depuis 1906 (1er pays au monde) ce qui explique la performance du système scolaire et le niveau de développement. On a maintenant des statistiques irréfutables sur l’influence de la participation des femmes aux décisions sur le développement économique et social.

 

  • Le slogan défendre les droits et la santé ne vas pas sans défendre la santé et les droits, les deux sont indissociables. (Tarja HALONEN, ancienne Présidente de la République). Dans nos établissements et les services, comme à domicile, l’accent est mis sur la sécurité sanitaire, au détriment du confort personnel, du respect de la dignité et de la liberté des personnes concernées. L’application aveugle des règlements ne sert que l’intérêt des professionnels et de l’entourage au détriment des droits fondamentaux de la personne.

 

  • Le soft power consiste en la promotion des droits humains sans évoquer la question du genre. Car les hommes comme les femmes doivent évoluer. L’amélioration de la santé, de l’éducation et des transports doit permettre de lutter contre le défi climatique, mais surtout contre l’extrémisme religieux. Pour Amal AL QUBAISI, Présidente du Conseil national fédéral des Emirat arabes unis, la montée de l’extrémisme violent est la conséquence de l’échec de la mondialisation : la perte des ressources naturelles, de l’identité culturelle, la baisse du niveau de vie, suscitent la crainte des populations et les conduisent à la radicalisation. La violence sexuelle faite aux femmes est la première tactique en cas de conflit afin de les soumettre dans l’objectif de radicaliser les peuples. Quelle violence infligeons-nous à autrui lorsque nous invoquons le manque de moyens pour assurer le respect de ses droits ? Cette violence induit la radicalité génératrice d’une violence plus grande encore.

 

  • Les femmes peuvent devenir les moteurs du changement de la société, qu’il soit culturel, religieux afin que les croyances soient facteurs de paix ainsi que dans l’économie. Concrètement, cela se fera par l’usage des réseaux sociaux, des nouvelles technologies qui permettent de promouvoir et diffuser les initiatives locales.

 

  • Au moyen de la promotion de la prise de parole afin que les citoyens puissent s'exprimer et interpeler les politiques. (Rula GHANI, 1ère Dame d’Afghanistan). Le pouvoir passe par la prise de parole et l’expression des besoins, la formulation des propositions.

 

  • En se référant aux valeurs plus qu’aux droits pour la Présidente du gouvernement de Malte, Marie-Louise COLEIRO PRECA. Comme aussi pour Teresa FERNANDEZ de la VEGA, ancienne vice Première ministre du gouvernement espagnol et Présidente de la Fondation des femmes pour l’Afrique. Les valeurs donnent un sens à la lutte des femmes. La bataille doit se placer sur le terrain intellectuel en se fondant sur la confiance entre les peuples. Les moyens technologiques permettent désormais de diffuser le savoir et promouvoir les initiatives locales. Plutôt que la revendication des droits, ces femmes politiques nous apprennent qu’une revendication est incontestable lorsqu’elle se fonde sur des valeurs et donne du sens.

 

  • Mohamed HMAYEN BOUAMATOU, sponsor de la conférence et Président fondateur de la Fondation pour l’égalité des chances en Afrique, présente avec fierté, ses filles, mères de famille et entrepreneuses. Qualifié de « plus grand féministe africain » il a rappelé à quel point, sur le continent africain, une fois la colonisation passée, les femmes doivent s’emparer et exploiter les richesses immenses du continent pour que l’Afrique devienne un modèle de développement.

 

  • L’Ambassadrice Mara MARINAKI, rappelle qu’avoir des textes de loi est une chose mais les faire appliquer en est une autre. C’est l’accès au droit qui passe par les instances capables de les faire appliquer, y compris au profit des plus vulnérables.

 

  • Melanne VERVEER, ambassadrice des Etats-Unis dans plusieurs instances internationales, animatrice d’ONG ayant pour vocation la promotion des femmes pour la paix, et la sécurité,  a été chef du Cabinet d’Hillary CLINTON pendant la présidence de son mari. Pour elle, il ne faut pas oublier l’histoire des femmes dans le monde et respecter leur voix et leurs œuvres. Elle donne le témoignage d’une femme rencontrée au Bengladesh qui la supplie de ne pas considérer les femmes comme des victimes. Elles sont aussi actrices de leur vie. Elles doivent participer aux décisions concernant la guerre tout comme celles concernant la paix. Ne pas se considérer comme des victimes, mais se révéler acteur de sa propre vie. Les femmes des pays les plus pauvres deviennent ainsi un modèle pour les citoyens des pays développés qui ont tendance à se complaire dans le confort des droits acquis qu’ils ont peur de perdre.

 

  • C’est aussi l’opinion de Tzipi LIVNI. Députée, vice Premier ministre, ministre des affaires étrangères, de la justice, de l’agriculture, du logement au cours d’une longue et brillante carrière politique en Israël. Avec force, cette femme politique de premier plan conjure l’UNESCO ne pas politiser son action, car les peuples ne sont jamais mûrs pour la paix et la politique ne permet pas de se parler. Le levier principal est de faire participer les femmes pour toutes les décisions, y compris celles qui concernent la guerre.

 

  • La prévention vaut mieux que la réparation. Les terroristes ont très peur d’une petite fille qui a un crayon. Donnons un crayon à la petite fille et terrorisons les terroristes.

 

  • Par la coopération en organisant des actions entre peuples belligérants sur les territoires (camps de vacances pour les enfants en collaboration avec les parents, les médecins, les travailleurs sociaux, par exemple). En Israël, loin des media et de leur vision dramatisante, s’est instaurée une atmosphère de tolérance et de paix sur le territoire. L’action de coopération sur le terrain fera toujours plus que la grande revendication de droits abtraits.

 

Ainsi, pour ces femmes d’expérience, il ne s'agit pas de défendre des droits, dans un combat épuisant et incertain. Il s’agit d'œuvrer pour la justice et l’équité pour soi-même et les autres.

 

A notre place d’aidants, sans doute devons-nous nous nous référer aux valeurs que nous défendons, sans nous laisser impressionner par la crainte de la perte d’identité, des repères culturels, de la baisse des ressources. Promouvoir la paix passe par le dialogue, l’écoute des autres. La plus petite action peut servir de référence et de modèle. Les moyens de développement durable et d’information permettent la diffusion du savoir et la promotion des initiatives locales.

 

Il ne s’agit pas de chercher une réparation qui ne viendra pas, mais de travailler à la prévention : chacun à notre place d’aidant comment faire pour être facteurs de dialogue, de médiation, d’accès au droit pour nous-mêmes et pour autrui. Se former, s’instruire, développer ses capacités d’empathie et d’imagination pour satisfaire ses besoins et ceux des autres, c’est possible.

Il s’agit parfois d’actions toutes simples. La princesse jordanienne Dana FIRAS, témoigne qu’à Petra, depuis que les garçons font la cuisine, ils y prennent goût, ne se battent plus et considèrent les filles autrement. Le pouvoir de persuasion (soft power) s’accompagne ainsi du pouvoir de l’intelligence (smart power).

Cabinet d’avocats Marie-Hélène ISERN-REAL